Au sujet de la Non-Philosophie

« La non-philosophie n'est évidemment pas une théorie de la connaissance et un système en général. C'est une science réelle-transcendantale du Monde. On ne peut la découvrir que si l'on relativise le primat exclusif de la logique qui la cache dans la philosophie, même non spécialement analytique, et empêche de l'apercevoir. On pourrait dire dans le style dont nous sommes coutumiers que c'est une logique transcendantale mais sans-logique ou non formelle, juste réelle plutôt que logique. A l'opposé de la réduction logiciste de la philosophie, qui laisse subsister des prérogatives cachées de la suffisance, en particulier une positivité et donc une forme de dogmatisme, c'est une réduction réelle-transcendantale d'une part, aux multiples possibilités de réalisation d'autre part, non seulement avec la logique mais avec l'aide des sciences en général. Il y a une instance plus radicale que la logique, c'est le Réel. Non qu'il soit possible de remplacer la logique par n'importe quelle science tout en conservant à celles-ci les mêmes privilèges. C'est la posture universelle de la science qui doit prendre la place tenue en régime philosophique par l'universalité restreinte de la logique. La non-philosophie a fait sauter le verrou de la logique et de la réduction analytique, et chassé également ce qu'il subsistait de logique obligatoire et exclusive comme première dans la logique transcendantale des philosophes, offrant au transcendantal le support du Réel radical seul, et par là même une possibilité de combinaison avec chacune des sciences. C'est la théorie unifiée, une extension radicale de la philosophie au-delà de la logique transcendantale mais aux dépens de ses prétentions. C'est donc la philosophie et son organon logique qui perdent leurs prérogatives en devenant simple organon réel-transcendantal.

Il fallait ainsi prendre la formule de "non-philosophie" au pied de sa lettre, si l'on peut dire, ce n'est pas seulement une métaphore d'appoint non-euclidienne. L'Un et le (non-)Un sont identiques, cela est possible parce que nous avons enfin quitté la sphère de la transcendance. Le non- est l'Un tout d'immanence uni-latérale alors que le néant est transcendant. La non-philosophie c'est l'inversion de la philosophie, le "non-" qui lui est adressé sous la forme de l'Homme, le présupposé dont elle ne peut se débarrasser. Il n'y a pas d'abord la philosophie que l'on nierait ensuite, elle est donnée d'emblée comme suspendue par le futur au futur, c'est à cette condition déterminante qu'elle est objet d'une nouvelle discipline. »

François Laruelle, Nouvelle présentation de la non-philosophie, 02/11/2004

  • Phénomène et différence. Essai sur l’ontologie de Ravaisson, Paris, Kincksieck, 1971.
  • Machines textuelles. Déconstruction et libido d'écriture, Paris, Seuil, 1976.
  • Nietzsche contre Heidegger. Thèses pour une politique nietzschéenne, Paris, Payot, 1977.
  • Le Déclin de l’écriture, suivi d'entretiens avec J-L Nancy, S. Kofman, J. Derrida et P. Lacoue-Labarthe, Paris, Aubier-Flammarion, 1977.
  • Au-delà du principe de pouvoir, Paris, Payot, 1978.

  • Le Principe de minorité, Paris, Aubier Montaigne, 1981.
  • Pourquoi pas la philosophie ? (I : Descartes, mission terminée, retour impossible ; II : Les Crimes de l'histoire de la philosophie ; III : Théorie de la décision philosophique ; IV : Le Philosophe sans qualités ; V : Le Mystique, le Pratique, l’Ordinaire ; VI : Métaphysique du futur), Paris, Cahiers édités par l'auteur, 1983-1985.
  • Une biographie de l'homme ordinaire. Des Autorités et des Minorités, Paris, PUF, 1985.
  • Les Philosophies de la différence. Introduction critique, Paris, PUF, 1986.
  • Philosophie et non-philosophie, Liège-bruxelles, Mardaga, 1989.
  • En tant qu'Un. La « non-philosophie » expliquée aux philosophes, Paris, Aubier, 1991.
  • Théorie des identités. Fractalité généralisée et philosophie artificielle, Paris, PUF, 1992.

  • Théorie des Étrangers. Science des hommes, démocratie, non-psychanalyse, Paris, Kimé, 1995.
  • Principes de la non-philosophie, Paris, PUF, 1996.
  • L’Hypothèse non-borgésienne. Essai sur le livre et la bibliothèque (en allemand), Stuttgart, Jutta Legueil, 1997.
  • Éthique de l'Étranger, Paris, Kimé, 2000.
  • Introduction au Non-Marxisme, Paris, PUF, 2000.

  • Le Christ futur, une leçon d'hérésie, Paris, Exils, 2002.
  • L’Ultime Honneur des intellectuels, Paris, Textuel, 2003.
  • La Lutte et l’Utopie à la fin des temps philosophiques, Paris, Kimé, 2004.
  • Mystique non-philosophique à l'usage des contemporains, Paris, Kimé, 2007.

  • Introduction aux sciences génériques, Paris, Pétra, 2008.
  • Philosophie non-standard : générique, quantique, philo-fiction, Paris, Kimé, 2010.
  • Anti-Badiou : sur l'introduction du maoïsme dans la philosophie, Paris, Kimé, 2011.
  • Théorie générale des victimes, Paris, Mille et une nuits, 2012.
  • Christo-fiction, Paris, Fayard, 2014.
  • En dernière humanité. La nouvelle science écologique, Paris, Les éditions du Cerf, 2015.