Principes de la non-philosophie

François Laruelle, Principes de la non-philosophie, Paris, PUF, coll. « Epiméthée », série « Essais philosophiques », 1996.

La non-philosophie appelait plus que des esquisses, moins qu'une réalisation systématique : un traité de la méthode. Ces Principes en présentent les axiomes fondamentaux, les opérations et les objectifs. Ils achèvent et systématisent les tentatives précédentes de ce mode de pensée. Ils exhibent ses derniers ressorts, dissipent certaines de ses obscurités et terminent d'assembler le puzzle.

Comme non-épistémologie ou théorie unifiée de la pensée, la non-philosophie est une pragmatique et une théorie qui vaut identiquement pour la philosophie et la science, c'est-à-dire pour la philosophie de la science et la science de la philosophie. Comme théorie non-cartésienne du sujet, elle dissout les confusions de l'Ego et du sujet et pose leur dualité unilatérale, celle de l'Ego et de la force (de) pensée. Comme pratique de la dualyse, elle renonce à l'analyse autant qu'à la synthèse. Enfin à la différence de la philosophie (comme pensée de l'Être) et de ses déconstructions (comme pensées de l'Autre), c'est une pensée de l'Un. Non plus une prétendue « science de l'Un » mais une pensée selon-l'Un ou la vision-en-Un.

La non-philosophie ne prétend pas « dépasser » ou « remplacer » la philosophie — au contraire —, mais suspendre seulement la foi philosophique et, par ailleurs, l'accompagner comme le savoir accompagne son objet.

F. L.