Esthétiques non-philosophiques

Gilbert Kieffer, Esthétiques non-philosophiques, Paris, Kimé, « Bibliothèque de non-philosophie », 1996.

Les puissances du non- sont diverses, les unes encore philosophiques (non-esthétiques restreintes), les autres sont non-philosophiques (non-esthétiques généralisées).
De toute façon, il faut sortir de la critique artistique de type philosophique, pour entrer dans une autre, de type chaotique, qui admette le paradoxe..

Un premier pas conduit ainsi dans la créativité au plus proche de l'œuvre elle-même, dans ce domaine du « non » stanislavskien, baudelairien ou bachelardien, enfin restitués à eux-mêmes. L'idée d'une généralisation particulière et descriptive, extra-différentielle, hante l'art et ses marges comme elle habite la philosophie. Elle est conduite ici à une certaine limite, dans ces exercices de pragmatique combinatoire. Ainsi dans le Parménide fractalisé, les possibilités combinatoire à la frontière du non-être nous rapprochent encore d'une certaine manière de l'entreprise paraphrastique de Picasso. Il est possible, depuis lors, et c'est un des axiomes premiers de non-esthétique, de considérer l'oeuvre comme un ensemble chaotique recombinable. C'est une liberté nouvelle par rapport aux tabous de l'originalité, du génie, à toutes les catégories qui culminèrent durant la période romantique et qui meurent à présent au coeur de l'art lui-même. Mais il est possible également, et c'est un autre axiome fondateur, d'envisager un devenir-théorique illimité de la pensée de l'art au travers de non-esthétiques générales qui n'obéiront plus au Principe de Philosophie Suffisante ni même au Principe d'Art Suffisant.
Tout peut se dire, ainsi ou autrement, mais jamais définitivement. La non-esthètique générale laruellienne ou de type non-philosophique, inclu toutes les autres non-esthétiques dans une ouverture plus grande.