Combattre sur deux fronts




1 — La non-philosophie sort de la confidentialité : elle était l'étiquette d'une œuvre, celle de François Laruelle ; voilà qu'elle commence à exister en tant que discipline.



1.1 — L'Organisation non-philosophique internationale s'ajuste en dernière instance à cette existence disciplinaire de la non-philosophie.



1.2 — Reste que les choses avancent lentement, rencontrent à l'extérieur comme à l'intérieur de la non-philosophie de nombreuses résistances ; la fécondité et l'émulation de la recherche ne sont pas encore au rendez-vous.



2 — À cela, sans doute y a-t-il une grande explication : ceci que contrairement à la philosophie, la non-philosophie, laissée à elle-même, est dispensable.



3 — Un rappel s'impose ici. De la même manière, mutatis mutandis, que l'on n'est pas tenu d'en passer par la science physique pour avoir rapport au monde physique, l'on n'est pas tenu de penser en non-philosophie pour être philosophe.



3.1 — Or il se trouve que, philosophes, les Occidentaux le sont obligatoirement, la philosophie étant moins un discours du monde occidental parmi d'autres que le discours-monde de l'Occident, ce par et en quoi, depuis Platon, le monde occidental consiste, fait Monde, et s'éternise comme tel.



3.2 — La non-philosophie, quant à elle, n'est pas un discours et ne rentre pas en concurrence avec la philosophie : elle n'a aucunement vocation à la remplacer en faisant valoir une nécessité « plus » ou « mieux » nécessaire que la sienne, mais est là pour éclairer et accompagner de manière non-nécessaire son objet qu'est la condition philosophique ou gréco-biblique de l'homme occidental.



4 — Sauf que cet éclairage, dans la mesure exactement de son caractère dispensable, a des conséquences : stérilisant la philosophie du même geste qu'il l'élucide (a priori) et en fait usage (explicatif), il la généralise et avec elle généralise la maîtrise techno-libérale de l'Occident mondialisé, vouant le penser non-philosophique à l'indifférence machinique et le sujet non-philosophe à l'individualisme pragmatico-mystique et à la mondanité organisationnelle spontanée.



5 — C'est sur la base de ce constat qu'a été initiée l'Organisation non-philosophique internationale, s'agissant certes de promouvoir et de valoriser la rigueur non-philosophique à l'échelle la plus large, mais surtout de faire en sorte que la discipline non-philosophique ne succombe pas à la mondanité crapuleuse et à l'absence de fécondité et de tranchant d'une hyper-déconstruction proposant à la pensée son équivalent général et aux pensées le lieu de leur échange sans entrave.



6 — Dès lors l'Organisation non-philosophique internationale se laisse définir comme une organisation de combat. Luttant sur deux fronts, son but est d'arracher les philosophes et les non-philosophes à la suffisance (mondaine ou non-mondaine, impérialiste ou minoritaire, autoritaire et culturelle ou indifférente et stérile) de leurs pratiques spontanées respectives.



7 — Faisant pièce au praticisme indispensable de la philosophie et au théoricisme dispensable de la non-philosophie spontanée (ainsi qu'à leurs intermédiaires contre-philosophiques semi-dispensables), l'Organisation non-philosophique internationale entend développer une militance de la théorie : celle qui, vouant à la forme-philosophie du monde une haine sans mélange, donne à la non-philosophie son tranchant organisationnel occasionnal undispensable.